« A social mode of conquering the wilderness » : les paradoxes de la sociabilité dans les récits d’exploration de Thomas Nuttall et Henry Rowe Schoolcraft

Résumés

Suite à la vente de la Louisiane par Napoléon en 1803, les territoires à l’ouest du Mississippi excitent convoitise et curiosité et motivent le financement de grandes expéditions. Mais ces nouveaux territoires de l’Union attirent également des explorateurs individuels désireux de découvrir et de faire partager les curiosités d’un environnement encore relativement peu exploité. C’est ainsi qu’en 1818-1819 l’Arkansas est exploré, lors d’expéditions séparées, par deux hommes, l’Américain Henry Rowe Schoolcraft et le Britannique Thomas Nuttall. Confrontés à un espace où les colons américains vivent encore dans des conditions rudimentaires et coexistent avec populations indigènes, colons français et canadiens, les deux hommes vont faire l’expérience de différentes pratiques de sociabilité qui sont autant de témoignages de la diversité culturelle de ce front pionnier. Cet article se propose d’examiner la manière dont ces deux voyageurs appréhendent, apprécient ou rejettent les formes de sociabilité auxquelles ils sont mêlés dans le microcosme de cette frontier society.

Following Napoleon's sale of Louisiana in 1803, the territories west of the Mississippi aroused envy and curiosity and motivated the financing of major expeditions. But these new territories of the Union also attracted individual explorers eager to discover and share the curiosities of a still relatively unexplored environment. Thus, in 1818-1819, Arkansas was explored during separate expeditions by two men, the American Henry Rowe Schoolcraft and the British Thomas Nuttall. Confronted with a space where American settlers still lived in rudimentary conditions and coexisted with indigenous populations, French and Canadian settlers, the two men experienced different practices of sociability that bore witness to the cultural diversity of this frontier society. This article examines how these two travellers understood, appreciated or rejected the forms of sociability they encountered in the microcosm of this frontier society.

Index

Mots-clés

front pionnier, hospitalité, femmes, chasse

Keywords

pioneer frontier, hospitality, women, hunting

Plan

Texte

Les récits d’exploration à visée scientifique ne sont pas a priori le premier type d’écrits qui vient à l’esprit lorsque l’on souhaite étudier la sociabilité, fût-elle en mouvement. Ces récits se concentrent très logiquement sur l’environnement naturel, faisant la part belle aux observations de la faune, de la flore et des caractéristiques géologiques du terrain traversé, en y incluant souvent également des réflexions sur les populations indigènes rencontrées. Ils sont particulièrement nombreux au XIXe siècle aux États-Unis, où l’achat de la Louisiane à la France en 1803 a ouvert l’accès à un territoire immense, encore très largement méconnu, et qui excite toutes les convoitises. De grandes expéditions militaires telles celles du Corps of Discovery de Meriwether Lewis et William Clarke entre 1804 et 18061 ou de Zebulon Pike en 1806-1807 précèdent ainsi la mission officielle purement scientifique de Stephen Harriman Long en 1820. Cernés par ces missions officielles à grande échelle, deux hommes vont explorer plus spécifiquement l’Arkansas en 1818-1819, à un moment clé de son histoire. Ces expéditions, bien plus modestes et autofinancées, sont conduites séparément par deux autodidactes passionnés par la botanique et la géologie, l’Américain Henry Rowe Schoolcraft et le Britannique Thomas Nuttall.

Né en 1793 dans l’État de New York, Schoolcraft décide, à la suite d’un revers de fortune2, d’explorer la région des Ozarks, qui se situe aux confins des États actuels du Missouri, de l’Arkansas et de l’Oklahoma afin d’en étudier la géologie et le potentiel minier. Accompagné d’un ami, Levi Pettibone, il débute son voyage le 5 novembre 1818 lorsqu’il quitte Potosi, déclarant : « I begin my tour where other travellers have ended theirs, on the confines of the wilderness, and at the last village of white inhabitants, between the Mississippi river and the Pacific Ocean3. » Il termine son périple de près de 1500 km en février 18194. Schoolcraft relate cette expérience dans Journal of a Tour in the Interior of Missouri and Arkansaw5 et l’évoque de nouveau dans les deux premières sections6 de The American Indians, Their History, Condition and Prospects, publié en 1851.

Thomas Nuttall, quant à lui, est né en Angleterre dans le Yorkshire en 1786. Il s’installe dans la région de Philadelphie en 1808 et y fait la connaissance du naturaliste Benjamin Smith Barton, dont il devient l’un des assistants. Lorsque la guerre de 1812 éclate, il rejoint son pays natal mais revient en 1815 aux États-Unis avec le projet d’inventorier la flore américaine. Il participe à plusieurs expéditions botaniques et publie en 1818 The Genera of North American Plants. Son expédition dans l’Arkansas est parrainée par quatre membres de l’American Philosophical Society7, où lui-même a été élu en 1817. À la suite de ce voyage, il publie A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 18198.

Le journal de Schoolcraft, celui de Nuttall9, ainsi que la première section de The American Indians, Their History, Condition and Prospects – intitulée « Personal Reminiscences » – constituent le corpus de cet article. Les deux hommes y décrivent l’environnement naturel de l’Arkansas mais également la population de ce qui est alors un front pionnier, une « frontière » au sens turnérien du terme, « the meeting point between savagery and civilization10 ». L’environnement humain sans cesse en mouvement et socialement instable qu’est alors l’Arkansas offre ainsi matière à aborder les enjeux de la sociabilité sous un angle atypique.

La notion de sociabilité, qui désigne « l’ensemble des relations qu’un individu entretient avec les autres11 », apparaît dès le XVe siècle en Angleterre et le mot fait son entrée dans les dictionnaires français au XVIIe siècle12. Le Dictionnaire de l’Académie Française la définit en 1798 comme « l’aptitude de l’espèce humaine à vivre en société » et « l’aptitude de l’individu à fréquenter agréablement ses semblables13 ». Parler de sociabilité dans un contexte de front pionnier, où l’homme livre un combat sans relâche contre la nature sauvage14, voire contre ses semblables, peut sembler incongru, voire antithétique. Cette violence entre en conflit avec le désir, théorisé par John Locke, de s’allier à d’autres afin de se protéger15. Être en société, dans ces conditions, relève en premier lieu de la nécessité davantage que du choix : « La sociabilité est avant tout un certain code réglant les rapports d'homme à homme. Elle a d'abord dû être dictée par le besoin et l'intérêt16… ». Elle ne correspond à ce stade ni à la définition qu’en donne Joseph Addison17, ni à la vision qu’a Georg Simmel de la Geselligkeit, « le fait d’être avec d’autres personnes agréablement18 » car elle est, « en son germe le plus embryonnaire, un instinct19 ». S’il est vrai que les interactions de Nuttall et Schoolcraft avec les pionniers de l’Arkansas sont en effet motivées en premier lieu par les enjeux logistiques du voyage en territoire inconnu, je souhaiterais également montrer que les moments de sociabilité sont autant d’occasions de négocier les différences de culture, de classe et de genre entre le voyageur et le groupe qui l’accueille.

Une sociabilité à la marge

Un environnement instable et fluide

Un premier élément à prendre en compte afin de comprendre l’environnement dans lequel les formes de sociabilité dont parlent ces deux auteurs vont naître est la fluidité, voire l’instabilité du front pionnier qu’est l’Arkansas à l’époque. Sur le plan politique, 1819 est une année de changements majeurs pour la région qu’explorent Nuttall et Schoolcraft. En effet, une portion du vaste Territoire du Missouri a demandé l’année précédente son entrée dans l’Union en tant qu’État20, le reste du Territoire restant non organisé. En 1819, ce sont les habitants de la partie méridionale du Missouri, au sud du parallèle 36° 30’, qui demandent à ce que leur région devienne territoire fédéral. Le Territoire Organisé de l’Arkansas voit ainsi le jour en mars 181921. Nuttall et Schoolcraft sont parfaitement conscients qu’ils explorent la région à une période où son statut politique et ses frontières sont en pleine redéfinition. Schoolcraft, citoyen américain, saisit d’ailleurs toutes les occasions pour se renseigner sur l’évolution de la situation de l’Arkansas et est souvent déçu par le manque d’intérêt manifesté par les rares concitoyens qu’il rencontre. Avide d’informations et d’interaction sociale, il relate ainsi un échange avec un marchand que lui-même et son compagnon de route, Levi Pettibone, ont pressé de questions :

[...] who filled the presidential chair, what Congress were deliberating upon, whether the people of Missouri had been admitted to form a state, constitution, and government, and other analogous matters, these were subjects which, to use his own phraseology, “he had never troubled his head about”. Such a total ignorance of the affairs of his own country, and indifference to passing events, [...] surprised us22.

En lien avec les changements politiques qui affectent la région, la géographie humaine de l’Arkansas est elle aussi en pleine évolution. À partir de 1808, les tribus autochtones dont les terres se trouvent à l’est des États-Unis se voient encouragées à se déplacer au-delà du Mississippi23. Si cette politique est encore seulement incitative, elle entraine tout de même l’arrivée de nouveaux venus. Ainsi les Osage, en 1808, sont-ils contraints de céder des terres dans le nord de l’Arkansas afin que les Cherokees24 et les Shawnees s’y installent25. En 1818, les Osage doivent de nouveau se résoudre à céder une partie de leur territoire, situé entre les fleuves Arkansas et Verdigris26. Ces changements dans la population indigène sont bien sûr liés à la pression accrue de la population euro-américaine sur les terres amérindiennes. Ainsi, la population blanche de l’Arkansas, qui sous la gouvernance des Français était restée peu nombreuse, augmente brutalement, passant de moins de 1000 à plus de 14000 entre 1810 et 182027. Les nouveaux arrivants sont attirés par le potentiel de la région, que son climat rend propice à la culture du coton et dont la position au sud du parallèle 36°30’ permet le recours à l’esclavage, après la signature du Compromis de 1820 qui l’interdit au nord de cette limite28.

Lors de leurs voyages, Nuttall et Schoolcraft rencontrent donc non seulement plusieurs tribus amérindiennes29, mais également des « noirs libres », des esclaves, des colons déjà installés (souvent français ou canadiens) et une population de migrants blancs en perpétuel mouvement. Ce sont les interactions de Nuttall et Schoolcraft avec ces derniers qui m’intéressent plus particulièrement ici30. Nuttall mentionne ainsi un véritable tourbillon de nouveaux arrivants, que rien ne lie si ce n’est leur quête d’une vie meilleure : « the jarring vortex of heterogeneous population amidst which (I am) embarked, all searching for some better country, which ever lies to the west, as Eden did to the east31 ». Chacun de ces groupes arrive avec ses propres pratiques de sociabilité, et ces populations hétérogènes, qui ne partagent pas de coutumes communes, n’intègrent pas à leur arrivée un ordre social préétabli. Comme le fait remarquer Frederick Jackson Turner, une forme de société nouvelle émerge de cette friction entre les pratiques de chaque groupe et la frontière et ses contraintes :

The West, at bottom, is a form of society, rather than an area. It is the term applied to the region whose social conditions result from the application of older institutions and ideas to the transforming influences of free land. By this application, a new environment is suddenly entered, freedom of opportunity is opened, the cake of custom is broken, and new activities, new lines of growth, new institutions and new ideals, are brought into existence. The wilderness disappears, the "West" proper passes on to a new frontier, and in the former area, a new society has emerged from its contact with the backwoods32.

Il incombe donc à chaque communauté, voire à chaque famille, de recréer des formes de sociabilité adaptées aux circonstances, souvent guidées au moins autant par la nécessité que par le plaisir. Car la frontière est aussi synonyme de très grand isolement physique, comme s’en émeut Schoolcraft, notant la distance qui sépare quatre familles qui viennent de s’installer à Sugarloaf Prairie : « The settlement at Sugar-Loaf Prairie consists at present of four families, located within the distance of eight miles, but is so recent that a horse-path has not yet been worn from one cabin to another33. »

À la limite des terres libres d’occupation, selon la formule de Turner34, la frontière est définie par le Bureau du Recensement américain comme une zone de peuplement dans laquelle la densité est supérieure à deux habitants et inférieure à six habitants par mille carré (2,59 km2). Être en société, dans un tel environnement, s’avère bien sûr complexe. C’est donc le voyageur qui, par ses déplacements, crée des occasions de sociabilité et brise l’isolement.

Sociabilité circonstancielle

Dans les récits de Nuttall et Schoolcraft, on rencontre en effet de nombreux exemples de sociabilité, que je qualifierais de circonstancielle, car c’est le voyage et la nature hostile de l’environnement qui mettent en présence, souvent autour d’une table, des protagonistes qui sans cela ne se seraient jamais rencontrés. Malgré cet aspect conjoncturel, les notions de convivialité et de plaisir sont bien présentes dans les expériences relatées.

Nuttall, lorsqu’il le peut, séjourne chez des personnes auxquelles il a été recommandé par lettre. Même si sa mission n’est pas officielle, son appartenance à l’American Philosophical Society et l’Academy of Natural Sciences de Philadelphie lui donne accès à un réseau de connaissances qui lui offrent le gîte et le couvert et à une sociabilité qui est inaccessible à Schoolcraft. Le Britannique séjourne ainsi chez M. Bougie, un marchand canadien établi depuis plusieurs décennies à Arkansas Post. À ces occasions, Nuttall a le sentiment de réintégrer la vie en société et apprécie particulièrement la civilité et la politesse, marques de sociabilité qui lui sont familières35 :

On arriving, I waited on Monsieur Bougie, one of the earliest settlers and principal inhabitants of the place, to whom I was introduced by letter. I soon found in him a gentleman, though disguised at this time in the garb of a Canadian boatman. He treated me with great politeness and respect, and, from the first interview, appeared to take a generous and active interest in my favour. [...]

Mr. Drope, to whom I was also introduced by letter, received me with politeness, and I could not but now for a while consider myself as once more introduced into the circle of civilization36.

En raison de la nature du territoire qu’explorent Nuttall et Schoolcraft, ces formes de sociabilité conventionnelles restent cependant rares37. Les deux hommes – Schoolcraft tout particulièrement – s’en remettent généralement à l’hospitalité des migrants blancs. Alors qu’il descend le fleuve Ohio, Nuttall loue ainsi l’accueil que lui ont réservé des pionniers auprès desquels il a trouvé refuge pour la nuit et qui, en dépit de leur extrême pauvreté, partagent leur cabane et leur table et refusent tout paiement de sa part : « Provided with provision and beds of our own we succeeded in rendering ourselves comfortable and were pleased with the hospitable disposition of our landlord38. »

Schoolcraft admet lui aussi avoir été plutôt bien accueilli par les habitants nouvellement installés en Arkansas et rend hommage à leur générosité. Qu’il s’agisse du repas de Noël qu’il partage avec une famille après que le père a tué la bagatelle de 14 dindes sauvages39 ou des mets que dépose devant lui la femme d’un chasseur40, la sociabilité chez Schoolcraft est avant tout commensalité. La table, lieu d’échanges, est selon Jean-Jacques Boutaud une métaphore de la communication41. En effet, le repas est « un événement social, autant qu’un événement alimentaire42 » qui établit « une parenté artificielle43 », le partage de la même nourriture créant une forme de communauté, comme l’atteste le mot « compagnon », littéralement celui avec qui on partage son pain. La commensalité qu’évoque Schoolcraft est elle-même associée à l’idée d’abondance après la traversée du désert réel et métaphorique qu’est la wilderness de l’Arkansas. Sa description des mets (milk, bread, honey, butter) évoque le « pays, ruisselant de lait et de miel » du Livre de l’Exode 3:8 et la cabane du trappeur devient une Terre Promise, un refuge contre le sentiment d’effroi que provoque la wilderness chez le voyageur.

Loin des connotations positives qui lui sont attribuées aujourd’hui, la wilderness est en effet à cette époque associée aux adjectifs « “deserted”, “savage”, “barren”, “desolate” – in short, a “waste”, the word’s nearest synonym44 ». Nuttall insiste ainsi sur le caractère primitif et vide de toute trace humaine – du moins en apparence – du paysage auquel il est confronté le long du fleuve Arkansas :

Nothing yet appears but one vast trackless wilderness of trees, a dead solemnity, where the human voice is never heard to echo, where not even ruins of the humblest kind recall its history to mind, or prove the past dominion of man. All is rude nature as it sprang into existence, still preserving its primeval type, its unreclaimed exuberance45.

Dans ces circonstances, être en société et partager un repas brisent un jeûne à la fois physique et social auquel les explorateurs venus de régions « civilisées » n’étaient pas préparés. Schoolcraft décrit ainsi son bonheur à retrouver une présence humaine après vingt jours passés à explorer la vallée de la White River : « I do not know that I have ever received a greater pleasure at the sight of man46. »

Un autre exemple de sociabilité circonstancielle mais porteuse elle aussi de cette dimension de plaisir est celle qui se joue sur les bateaux à fond plat qu’utilisent Nuttall et Schoolcraft pour descendre les fleuves Ohio et Arkansas. Si Nuttall ne s’étend pas sur les détails de la cohabitation avec les deux hommes qui voyagent avec lui, se contentant de noter que les bateaux à fond plat descendent souvent le fleuve en groupe afin de se prémunir contre les multiples dangers de la navigation47, Schoolcraft, quant à lui, nous offre dans la section « Personal Reminiscences » de son ouvrage le plus célèbre, The American Indians, un aperçu beaucoup plus riche de la vie sociale qui pouvait exister à bord :

There were some ten or a dozen passengers, including two married couples. We promenaded the decks, and scanned the ever-changing scenery, at every bend, with unalloyed delight. At night we lay down across the boat, with our feet towards the fire-place, in a line, with very little diminution of the wardrobe we carried by day, the married folks, like light infantry in an army, occupying the flanks of our nocturnal array. [...] We took our meals on our laps, sitting around on boxes and barrels, and made amends for the want of style or elegance, by cordial good feeling and a practical exhibition of the best principles of “association.” There was another pleasing peculiarity in this mode of floating. Two or more arks were frequently lashed together, by order of their commanders, whereby our conversational circle was increased, and it was not a rare circumstance to find both singers and musicians, in the moving communities for “the west,” so that those who were inclined to, might literally dance as they went48.

La dangereuse descente de l’Ohio se transforme ici – littéralement – en sociabilité en mouvement, en une sorte de croisière où les passagers, pourtant logés dans des conditions rudimentaires et participant aux diverses manœuvres du bateau, apprécient la beauté sans cesse renouvelée des paysages américains et font assaut de courtoisie. Schoolcraft insiste sur la capacité des passagers à être en société, à se comporter civilement, aidés en cela par l’éventuelle présence de musiciens et de chanteurs.

Que Schoolcraft ait véritablement voyagé dans de telles conditions ou bien qu’il ait recréé cette scène a posteriori49 importe peu. Ce qui en revanche a du sens, c’est le type de représentation qu’il génère : l’avancée vers l’ouest y est débarrassée des difficultés qui lui étaient inhérentes et qui sont pourtant omniprésentes dans son Journal. Elle devient ici le mouvement joyeux et sans entrave d’une communauté flottante. Schoolcraft conclut en effet en écrivant : « This was certainly a social mode of conquering the wilderness, and gives some idea of the buoyancy of American character50 ». Il fait ainsi de la sociabilité et de la conquête de l’espace sauvage deux traits constitutifs de l’identité américaine.

Les exemples de sociabilité cités plus haut, liés à l’hospitalité, aux repas et au mode de transport, sont occasionnés par la nature même du récit de voyage. Ces formes de sociabilité, bien qu’importantes, font partie intégrante de l’expérience du voyageur parcourant la frontière et en ce sens ne sont pas surprenantes. Une autre dimension de la sociabilité rencontrée chez Nuttall et Schoolcraft est qu’elle permet de mettre en lumière, de dépasser ou au contraire de conforter, les stéréotypes de genre et de classe. On le voit dans la description du rôle des femmes ou encore dans la manière dont les deux voyageurs (particulièrement Schoolcraft) se perçoivent comme éduqués et socialement supérieurs aux personnes qui les accueillent.

Sociabilité et relations de classe et de genre

Relations de genre

Les récits de Nuttall et Schoolcraft retracent en effet des épisodes où les deux hommes, reçus donc dans les cabanes de pionniers, au cœur de leur intimité, écoutent le récit des aléas de la migration de ces familles et le rôle joué dans cette migration par les femmes et les mères. Au début de son périple, alors qu’il est encore dans l’Ohio, Nuttall fait ainsi halte dans une pauvre cabane où il est particulièrement bien accueilli :

About two o'clock in the afternoon we again landed at a poor log-cabin to warm ourselves, and were very kindly welcomed by the matron of the house, who, without the benefit of education, seemed possessed of uncommon talents51.

Cette femme, qui lui raconte que sa famille a tout perdu en choisissant de migrer vers l’ouest, lui fait également part d’un incident survenu alors qu’elle-même, son mari et leurs six enfants naviguaient sur l’Ohio et que, en pleine tempête, le capitaine du bateau avait déserté son poste : « This woman seized the helm which was abandoned and by her skill and courage saved the boat and the families from imminent destruction52. » Nuttall la compare à une « Amazon, modest, cool, and intrepid53 », transformant ainsi la mère de famille en une guerrière antique capable de se passer des hommes. Paradoxalement, la migration vers l’ouest, qui a causé la ruine de sa famille54, donne à cette femme les moyens d’acquérir agentivité et visibilité.

Schoolcraft raconte lui aussi des rencontres similaires, où les femmes qui l’accueillent font montre de connaissances et de traits de caractère qu’il perçoit comme exclusivement masculins. Ainsi, au tout début de leur voyage, Schoolcraft et son acolyte Pettibone, explorateurs inexpérimentés55, s’arrêtent dans une cabane au milieu de la forêt. Ils y sont accueillis par la femme du chasseur, qui les renseigne sur le sentier indien qu’ils doivent suivre et les met en garde contre les Indiens Osage :

[...] his wife very readily gave us every information respecting the direction of the trace, the streams we were to cross, the game we might expect to find for our subsistence, and other particulars, a perfect acquaintance with the subject, adding, that it was dangerous travelling in that quarter on account of the Osages, who never failed to rob and plunder those who fell in their way, and often carried them in captivity to their villages, on the Grand Osage river56.

Leur hôtesse s’avère également avoir une très bonne connaissance des armes à feu et de la chasse :

She told us, also, that our guns were not well adapted to our journey; that we should have rifles; and pointed out some other errors in our dress, equipments (sic) and mode of travelling, while we stood in astonishment to hear a woman direct us in matters which we had before thought the peculiar and exclusive province of men57.

La surprise de Nuttall et de Schoolcraft est compréhensible, car de telles anecdotes vont à l’encontre des stéréotypes de genre associés généralement avec l’environnement de la frontière, présenté comme éminemment masculin. L’analyse de la frontière que fait Turner fait en effet la part belle aux pionniers hommes, qu’ils soient vendeurs de peaux, chasseurs, éleveurs ou fermiers et qui ont, selon lui, permis la conquête de l’ouest58. Mais son récit ne laisse aucune place aux femmes. Margaret Walsh rappelle en effet que dans les récits de pionniers, les femmes sont habituellement cachées, omises ou réduites à des rôles subalternes et insiste sur l’absence de femmes dans l’historiographie de la frontière :

[...] historians were basically interested in the romantic adventure of the frontier, the political process of state-making or the triumph of western development. Even though logic told them that women were involved in the settlement process, they were not, by the standards of the day, important actors and could thus be ignored, typecast or mentioned in a few passing sentences59.

Susan Lee Johnson, dans son analyse de l’importance du genre dans l’histoire de l’ouest, souligne également cette absence des femmes dans le récit officiel et la surreprésentation masculine qui va de pair :

Of all the regions people have imagined within the boundaries of what is now the United States, no place has been so consistently identified with maleness – particularly white maleness – as the region imagined as the American West60.

Or, ce qu’écrit Cynthia Culver Prescott à propos de la colonisation de l’ouest dans la seconde moitié du XIXe siècle peut s’appliquer au cas de l’Arkansas des années 1810-1820, où les femmes doivent à la fois assumer les tâches qui leur sont traditionnellement dévolues tout en prenant en main les travaux extérieurs pendant l’absence de leurs époux partis chasser : « during the time on the trail and early years of settlement, the strains of frontier life made women… responsible for many non-domestic, “masculine” tasks61. »

En étant reçus dans le logis des pionniers, Nuttall et Schoolcraft pénètrent la sphère domestique, traditionnellement associée aux femmes et peuvent ainsi entendre une parole qui est généralement absente des récits retraçant la conquête de l’ouest. Ils peuvent donc témoigner de ce rôle actif des femmes. Comme l’écrit Lee Schweninger62 : « these narratives challenge the delimiting stereotypes of pioneer women. The narrators demonstrate that they are multidimensional; they have multifaceted concerns and lives63. »

Dans les deux récits, les scènes de sociabilité entre voyageurs et familles de colons permettent donc aux femmes de faire entendre leur voix et de revendiquer une agentivité qui leur est en temps ordinaire refusée. Elles nous font aussi entrevoir que, même si la frontière est présentée comme un univers masculin, l’absence d’une norme sociale contraignante permet – au moins au niveau de la cellule familiale et au moins de manière temporaire – une redéfinition des rôles liés au genre.

Sociabilité manquée

Enfin, les scènes de sociabilité chez Nuttall et Schoolcraft servent autant à décrire les individus rencontrés qu’elles participent à l’autodéfinition du voyageur. C’est d’autant plus vrai de ce que je nommerais les scènes de sociabilité manquée, où la négociation de la différence entre les voyageurs et leurs hôtes aboutit à une incompréhension mutuelle, voire à un rejet de l’autre. Schoolcraft relate ainsi avoir séjourné dans une famille de chasseurs et avoir, après le repas, découvert qu’aucun des ressorts de sociabilité qu’il utilisait normalement ne fonctionnait :

In the course of the evening I tried to engage our hostess and her daughters in small-talk, such as passes current in every social corner; but, for the first time, found I should not recommend myself in that way. They could only talk of bears, hunting, and the like. The rude pursuits, and the coarse enjoyments of the hunter state were all they knew64.

Schoolcraft semble oublier ici qu’il n’est pas « in a social corner », justement. Cette perte de ses repères habituels et l’invasion de l’espace social de la conversation par l’environnement naturel le poussent alors à décrire ces pionniers certes comme généreux et courageux65, mais également comme des êtres frustes, grossiers, incultes :

The sabbath is not known by any cessation of the usual avocations of the hunter in this region. To him all days are equally unhallowed, and the first and last day of the week find him alike sunk in unconcerned sloth, and stupid ignorance66.

Tout comme Crèvecœur avant lui67, Schoolcraft rend la chasse responsable des défauts qu’il constate dans la population et aimerait voir l’agriculture la remplacer :

Gardens are unknown. Corn, and wild meats, chiefly bear's meat, are the staple articles of food. In manners, morals, customs, dress, contempt of labour and hospitality, the state of society is not essentially different from that which exists among the savages68.

Schoolcraft est également préoccupé par la brutalité et l’absence totale d’éducation des enfants qu’il décrit ainsi :

Children are wholly ignorant of the knowledge of books, and have not learned even the rudiments of their own tongue. Thus situated, without moral restraint, brought up in the uncontrolled indulgence of every passion and without a regard of religion, the state of society among the rising generation in this region is truly deplorable69.

Le portrait qu’il dresse est, on le voit, celui d’un état sauvage où n’existe ni raison, ni langage, ni morale, et qui laisse donc a priori peu de place à la sociabilité. Nuttall fait un constat similaire et lie population clairsemée, absence d’éducation et anomie du front pionnier :

It is to be regretted that the widely scattered state of the population in this territory, is but too favourable to the spread of ignorance and barbarism. The means of education are, at present, nearly proscribed, and the rising generation are growing up in mental darkness, like the French hunters who have preceded them, and who have almost forgot that they appertain to the civilized world70.

Nuttall nuance toutefois son constat en évoquant l’amélioration future probable de la situation par l’accroissement de la population71 alors que Schoolcraft ne semble anticiper aucun progrès et exprime ses inquiétudes à maintes reprises dans son Journal.

On peut se demander pourquoi Schoolcraft, qui lors de son périple dépend plus de l’hospitalité des pionniers/chasseurs et partage des moments de convivialité avec eux, est si sévère à leur égard et si prompt à rejeter la forme de connaissance qu’ils possèdent, alors que Nuttall reste globalement neutre. L’explication tient sans doute justement dans les moments de sociabilité partagée avec les pionniers, qui ont une importance cruciale dans le récit de Schoolcraft alors qu’ils restent plus marginaux chez Nuttall. Il est probable que la proximité engendrée par cette sociabilité ait été perçue comme potentiellement dangereuse par Schoolcraft. En effet, comme le soutient Roderick Nash, dans la wilderness américaine, le danger de l’ensauvagement guette : « A more subtle terror than Indians or animals was the opportunity the freedom of wilderness presented for men to behave in a savage or bestial manner72. » En partageant le mode de vie des pionniers/chasseurs et en appréciant les moments passés avec eux, Schoolcraft peut avoir réalisé le potentiel subversif de ce mode de vie plus rude mais aussi plus libre, qui faisait craquer le vernis de la civilisation73, et peut avoir voulu, pour le conjurer, marquer sa différence et celle de son lectorat de l’Est des États-Unis.

En outre, il convient aussi de rappeler que Nuttall est britannique, et demeure, malgré les années passées aux États-Unis, un outsider74. Ce qui à cette époque se joue sur le front pionnier lui reste extérieur. Pour Schoolcraft, en revanche, la « frontière » d’aujourd’hui, c’est l’État (et donc la société) de demain. L’autonomie et la résilience des pionniers, mais aussi leur illettrisme, leur résistance au modèle pastoral et leur inadaptation aux interactions sociales traditionnelles qui se manifestent par une certaine incommunicabilité peuvent avoir semblé inquiétantes à Schoolcraft, car elles pouvaient suggérer une difficulté future à s’intégrer dans un modèle social normé.

En conclusion, je dirais que les pratiques de sociabilité dont font l’expérience Nuttall et Schoolcraft dans l’Arkansas du début du XIXe siècle leur donnent l’occasion d’appréhender et apprécier la liberté, l’autonomie, l’entraide, l’hospitalité et le sens de l’initiative de ses habitants. Mais si les deux voyageurs, porteurs des préjugés de leur temps, sont prêts à reconnaître un rôle actif aux femmes en les intégrant au récit de la conquête de la wilderness, le journal de Schoolcraft s’avère par endroits très critique vis-à-vis des pionniers. N’ayant pas accès au réseau de sociabilité de Nuttall, Schoolcraft doit s’en remettre entièrement à leur bon vouloir. La proximité et l’intimité qui en découlent le poussent, paradoxalement, à prendre ses distances et à porter des jugements qui sont absents du récit de Nuttall. Selon Schoolcraft, la pratique de la chasse, l’individualisme et le manque d’éducation des pionniers de l’Arkansas les conduisent à vivre en marge de la société et à courir le risque d’un ensauvagement.

On peut se demander si Schoolcraft n’anticipe pas ici sur les idées de Turner sans avoir sa vision politique. Là où Schoolcraft voit une inadaptation à être en société, Turner verra l’ingrédient de la démocratie américaine :

American democracy was born of no theorist's dream; it was not carried in the Susan Constant to Virginia, nor in the Mayflower to Plymouth. It came out of the American forest, and it gained new strength each time it touched a new frontier75.

1 On pourrait bien sûr citer également la mission de George Hunter et William Dunbar entre 1804 et 1806.

2 « As soon as the American ports were opened to these fabrics, the foreign makers who could undersell us, poured in cargo on cargo; and when the

3 Henry R. Schoolcraft, Journal of a tour into the interior of Missouri and Arkansaw: from Potosi, or Mine á Burton, in Missouri Territory, in a south

4 Pettibone quitte l’aventure le 21 janvier 1819 (Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit. p. 82).

5 Le titre complet est Journal of a tour into the interior of Missouri and Arkansaw: from Potosi, or Mine á Burton, in Missouri Territory, in a south

6 « Personal reminiscences » et « Scenes and Adventures in the Ozark Mountains. A.D. 1818 and 1819 ».

7 Les quatre mécènes de Nuttall, à qui il a dédié son ouvrage, étaient l’Abbé José Francisco Corréa da Serra, Zaccheus Collins, John Vaughan et

8 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, [Ed. Savoie Lottinville], 2012, [1821], Norman, University of

9 Bien plus abouti et volumineux.

10 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, Huntington, New York, Robert E. Krieger Publishing Company, 1976 [1920], p. 3.

11 Ainhoa De Federico de la Rua, « La sociabilité, un état des lieux contemporain en France et en Grande-Bretagne », in Annick Cossic et Allan Ingram

12 Valérie Capdeville et Alain Kerhervé « Introduction » in V. Capdeville et A. Kerhervé (dir.), British Sociability in the Long Eighteenth Century.

13 Ibid.

14 Ou wilderness définie par Roderick Nash comme « something alien to man – an insecure and uncomfortable environment against which civilization had

15 Valérie Capdeville et Alain Kerhervé « Introduction », op. cit., p. 1.

16 Sophie Loussouarn, « L'évolution de la sociabilité à Londres au XVIIIe siècle : des coffee-houses aux clubs », Bulletin de la société d'é

17 « Addison promoted a vision of sociability that was urbane, polite, progressive ». Brian Cowan, « Joseph Addison », The Digital Encyclopedia of

18 C. A. Rivière, « La spécificité française de la construction sociologique du concept de sociabilité », Réseaux, vol. 1, n° 123, 2004, pp. 207-231

19 Michel Morineau, « La douceur d’être inclus » in F. Thelamon (dir.), Sociabilité, pouvoir et société, Rouen, Presses Universitaires, 1983, pp. 

20 Loi d’admission du Missouri dans l’Union, 10 février 1821, https://revisor.mo.gov/main/OneSection.aspx?constit=y&section=MMMCMXCIX%20%201, 13/12/2

21 « Congress in 1819 carved off the Arkansas Territory by drawing a line from the Mississippi River at thirty-six degrees to the St. Francis River

22 Henry R. Schoolcraft, Journal, p. 68.

23 Derek R. Everett, op. cit., p. 3

24 « The Cherokees represented about 20% of the population by the time Arkansas became a separate territory ». S. Charles Bolton, « Jeffersonian

25 « He also informed us, that a deadly and deep-rooted hostility existed between the Cherokees, who had lately exchanged their lands in Tennessee for

26 Traité avec les Osage, Saint Louis, 1818, article 1 : « [...] they have agreed, and do hereby agree, to cede to the United States, and forever quit

27 Jeannie M. Whayne, « The Turbulent Path to Statehood: Arkansas Territory, 1803-1836 » in Jeannie M. Whayne et al. (dir.), Arkansas: A Narrative

28 « And be it further enacted. That in all that territory ceded by France to the United States, under the name of Louisiana, which lies north of

29 Nuttall consacre plusieurs sections de son ouvrage aux Chickasaw, aux Quapaws, aux Osage ou aux Cherokees.

30 Mais pas exclusivement. En effet, Thomas Nuttall est également souvent accueilli par des colons établis de longue date.

31 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., p. 43.

32 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, op. cit., p. 205.

33 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit, pp. 39-40.

34 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, op. cit., p. 3 : « Ly(ing) at the hither edge of free land ». Turner oublie que les

35 Se basant sur les travaux de Maurice Agulhon, François Etienne et Rolf Reichardt définissent ainsi les quatre grandes caractéristiques de la

36 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit, p. 83.

37 Elles sont même absentes du récit de Schoolcraft dont la jeunesse et l’impréparation transparaissent à chaque page.

38 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., p. 28.

39 « I prevailed on Mrs H. to undertake a turkey-pie with Indian meal crust, which we partook under a shady tree on the banks of the river, the

40 « a meal of smoking-hot corn-bread, butter, honey and milk », Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit. p. 31.

41 Jean-Jacques Boutaud, « La Table, communication symbolique et métaphore de la communication » in Jean-Jacques Boutaud(dir.), L'imaginaire de la

42 Jean-Jacques Boutaud, « La Table, communication symbolique et métaphore de la communication » in Jean-Jacques Boutaud(dir.), L'imaginaire de la

43 Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, Félix Alcan, 1912.

44 William Cronon, « The trouble with Wilderness: Or, Getting Back to the Wrong Nature », Environmental History, Vol. 1, N° 1 (Jan. 1996), pp. 7-28, p

45 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., p. 78.

46 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 29.

47 « We accompanied another vessel of the same kind, and, for mutual convenience, our boats, according to custom, were lashed together side by side

48 Henry R. Schoolcraft, The American Indians, op. cit., p. 12.

49 L’ouvrage The American Indians a été publié en 1851.

50 Henry R. Schoolcraft, The American Indians, op. cit., p. 12.

51 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., p. 30.

52 Ibid.

53 Ibid.

54 « We once had a decent property, but now we have nothing left; emigration has ruined us! », Ibid.

55 Schoolcraft lui-même mentionne à plusieurs reprises leur inexpérience et les difficultés anticipées ou rencontrées : « As we are unacquainted with

56 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 6.

57 Ibid.

58 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, op. cit., p. 12.

59 Margaret Walsh, « Women's Place on the American Frontier », Journal of American Studies, Aug. 1995, Vol. 29, No 2, pp. 241-255, p. 242.

60 Susan Lee Johnson, « "A Memory Sweet to Soldiers": The Significance of Gender in the History of the "American West" », Western Historical Quarterly

61 Cynthia Culver Prescott, Gender and Generation on the Far Western Frontier, Tucson, University of Arizona Press, 2007, p. 15.

62 Son ouvrage traite du Colorado à la fin du XIXe et début du XXe siècles mais là encore, ses propos peuvent s’appliquer au cas de l’Arkansas du

63 Lee Schweninger, The First We Can Remember, Lincoln and London, University of Nebraska Press, 2011, p. xxvii.

64 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 32.

65 « … frankness and blunt hospitality which are characteristic of the hunter ». Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 40.

66 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 49.

67 « The chase renders them ferocious, gloomy, and unsociable; a hunter wants no neighbour, he rather hates them, because he dreads the competition”;

68 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 40.

69 Henry R., Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 49.

70 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., pp. 127-128.

71 « This barrier will, however, be effectually removed by the progressive accession of population, which, like a resistless tide, still continues to

72 Roderick Nash, Wilderness and the American Mind, op. cit., p. 29.

73 « … the veneer civilization laid over the barbaric elements in man seemed much thinner than in the settled regions ». Roderick Nash, Wilderness and

74 Il est d’ailleurs retourné pour raisons familiales dans son pays natal en 1842 et y est resté jusqu’à sa mort en 1859.

75 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, op. cit., p. 293.

Notes

1 On pourrait bien sûr citer également la mission de George Hunter et William Dunbar entre 1804 et 1806.

2 « As soon as the American ports were opened to these fabrics, the foreign makers who could undersell us, poured in cargo on cargo; and when the first demands had been met, these cargoes were ordered to be sold at auction; the prices immediately fell to the lowest point, and the men who had staked in one enterprise their zeal, skill and money, were ruined at a blow ». Henry R. Schoolcraft, The American Indians, Their History, Condition and Prospects, from Original Notes and Manuscripts, Rochester, Wanzer, 1851, p. 5.

3 Henry R. Schoolcraft, Journal of a tour into the interior of Missouri and Arkansaw: from Potosi, or Mine á Burton, in Missouri Territory, in a south-west direction, toward the Rocky Mountains: performed in the years 1818 and 1819, London, Sir Richard Phillips and Co., p. 3.

4 Pettibone quitte l’aventure le 21 janvier 1819 (Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit. p. 82).

5 Le titre complet est Journal of a tour into the interior of Missouri and Arkansaw: from Potosi, or Mine á Burton, in Missouri Territory, in a south-west direction, toward the Rocky Mountains: performed in the years 1818 and 1819.

6 « Personal reminiscences » et « Scenes and Adventures in the Ozark Mountains. A.D. 1818 and 1819 ».

7 Les quatre mécènes de Nuttall, à qui il a dédié son ouvrage, étaient l’Abbé José Francisco Corréa da Serra, Zaccheus Collins, John Vaughan et William Maclure.

8 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, [Ed. Savoie Lottinville], 2012, [1821], Norman, University of Oklahoma Press.

9 Bien plus abouti et volumineux.

10 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, Huntington, New York, Robert E. Krieger Publishing Company, 1976 [1920], p. 3.

11 Ainhoa De Federico de la Rua, « La sociabilité, un état des lieux contemporain en France et en Grande-Bretagne », in Annick Cossic et Allan Ingram (dir.), La Sociabilité en France et en Grande-Bretagne au Siècle des Lumières : l'émergence d'un nouveau modèle de société, Paris, Éditions Le Manuscrit, 2012, p. 31.

12 Valérie Capdeville et Alain Kerhervé « Introduction » in V. Capdeville et A. Kerhervé (dir.), British Sociability in the Long Eighteenth Century. Challenging the Anglo-French Connection, Woodbridge, The Boydell Press, 2019, p. 1.

13 Ibid.

14 Ou wilderness définie par Roderick Nash comme « something alien to man – an insecure and uncomfortable environment against which civilization had waged an unceasing struggle ». Roderick Nash, Wilderness and the American Mind, New Haven, Yale University Press, 1967, p. 8.

15 Valérie Capdeville et Alain Kerhervé « Introduction », op. cit., p. 1.

16 Sophie Loussouarn, « L'évolution de la sociabilité à Londres au XVIIIe siècle : des coffee-houses aux clubs », Bulletin de la société d'études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles, n° 42, 1996, pp. 21-44, p. 21.

17 « Addison promoted a vision of sociability that was urbane, polite, progressive ». Brian Cowan, « Joseph Addison », The Digital Encyclopedia of British Sociability in the Long Eighteenth Century, https://www.digitens.org/en/notices/joseph-addison.html, 10/01/2024.

18 C. A. Rivière, « La spécificité française de la construction sociologique du concept de sociabilité », Réseaux, vol. 1, n° 123, 2004, pp. 207-231, p. 207.

19 Michel Morineau, « La douceur d’être inclus » in F. Thelamon (dir.), Sociabilité, pouvoir et société, Rouen, Presses Universitaires, 1983, pp. 19-32, p. 24.

20 Loi d’admission du Missouri dans l’Union, 10 février 1821, https://revisor.mo.gov/main/OneSection.aspx?constit=y&section=MMMCMXCIX%20%201, 13/12/2025. Le Missouri sera admis comme État esclavagiste le 10 août 1821, date de la ratification de la loi par le président John Quincy Adams.

21 « Congress in 1819 carved off the Arkansas Territory by drawing a line from the Mississippi River at thirty-six degrees to the St. Francis River, up that river to the thirty-six degrees thirty minutes parallel, and thence west to the nation's western boundary on the high plains. This new territory encompassed all of the later state of Arkansas, as well as present-day Oklahoma minus the panhandle and a strip along the northern border » Derek R. Everett, « On the Extreme Frontier: Crafting the Western Arkansas Boundary », Arkansas Historical Quarterly 67, (Spring 2008), pp. 1–26, p. 4.

22 Henry R. Schoolcraft, Journal, p. 68.

23 Derek R. Everett, op. cit., p. 3

24 « The Cherokees represented about 20% of the population by the time Arkansas became a separate territory ». S. Charles Bolton, « Jeffersonian Indian Removal and the Emergence of Arkansas Territory », The Arkansas Historical Quarterly, Vol. 62, No 3, (Autumn 2003), pp. 253-271, p. 254.

25 « He also informed us, that a deadly and deep-rooted hostility existed between the Cherokees, who had lately exchanged their lands in Tennessee for the country lying between the Arkansaw and Red River, and the Osages, and that they were daily committing depredations upon the territories and properties of each other ». Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 38.

26 Traité avec les Osage, Saint Louis, 1818, article 1 : « [...] they have agreed, and do hereby agree, to cede to the United States, and forever quit claim to the tract of country included within the following bounds, to-wit: Beginning at the Arkansaw River, at where the present Osage boundary line strikes the river at Frog Bayou; then up the Arkansaw and Verdigris to the fall of Verdigris river; thence, eastwardly, to the said Osage boundary line at a point twenty leagues north from the Arkansaw river; and, with that line, to the place of beginning. » https://treaties.okstate.edu/treaties/treaty-with-the-osage-1818-0167, 07/13/2024.

27 Jeannie M. Whayne, « The Turbulent Path to Statehood: Arkansas Territory, 1803-1836 » in Jeannie M. Whayne et al. (dir.), Arkansas: A Narrative History, Fayetteville, University of Arkansas Press, 2013 [2002], pp. 97-130, p. 123.

28 « And be it further enacted. That in all that territory ceded by France to the United States, under the name of Louisiana, which lies north of thirty-six degrees and thirty minutes north latitude, not included within the limits of the state, contemplated by this act, slavery and involuntary servitude, otherwise than in the punishment of crimes, whereof the parties shall have been duly convicted, shall be, and is hereby, forever prohibited ». Missouri Compromise, 1820, https://www.archives.gov/milestone-documents/missouri-compromise, 07/13/2024.

29 Nuttall consacre plusieurs sections de son ouvrage aux Chickasaw, aux Quapaws, aux Osage ou aux Cherokees.

30 Mais pas exclusivement. En effet, Thomas Nuttall est également souvent accueilli par des colons établis de longue date.

31 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., p. 43.

32 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, op. cit., p. 205.

33 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit, pp. 39-40.

34 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, op. cit., p. 3 : « Ly(ing) at the hither edge of free land ». Turner oublie que les terres en question sont en réalité les territoires ancestraux des populations indigènes.

35 Se basant sur les travaux de Maurice Agulhon, François Etienne et Rolf Reichardt définissent ainsi les quatre grandes caractéristiques de la sociabilité : « l'adhésion à un groupement résulte non d'une contrainte sociale ou de la recherche d'un profit matériel, mais au contraire d'un intérêt abstrait, idéal et général ; […] le refus de l'exclusivisme et de la fermeture sociale et l'ouverture à chacun ; le refus, en troisième lieu, des hiérarchies figées et l’affirmation de l'égalité de principe de tous les adhérents ; l'existence enfin entre les adhérents de similitudes, de liens de relation et d'une certaine forme de convivialité. » La rencontre avec M. Bougie, en lequel Schoolcraft reconnaît un égal, répond au dernier des critères listés ici. Étienne François & Rolf Reichardt, « Les formes de sociabilité en France du milieu du XVIIIe au milieu du XIXe siècle », op. cit., p. 456.

36 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit, p. 83.

37 Elles sont même absentes du récit de Schoolcraft dont la jeunesse et l’impréparation transparaissent à chaque page.

38 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., p. 28.

39 « I prevailed on Mrs H. to undertake a turkey-pie with Indian meal crust, which we partook under a shady tree on the banks of the river, the weather being warm and pleasant », Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 48.

40 « a meal of smoking-hot corn-bread, butter, honey and milk », Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit. p. 31.

41 Jean-Jacques Boutaud, « La Table, communication symbolique et métaphore de la communication » in Jean-Jacques Boutaud (dir.), L'imaginaire de la table : convivialité, commensalité et communication, Paris, L’Harmattan, 2004, pp. 11-17, p. 13.

42 Jean-Jacques Boutaud, « La Table, communication symbolique et métaphore de la communication » in Jean-Jacques Boutaud (dir.), L'imaginaire de la table : convivialité, commensalité et communication, op. cit., p. 14.

43 Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, Félix Alcan, 1912.

44 William Cronon, « The trouble with Wilderness: Or, Getting Back to the Wrong Nature », Environmental History, Vol. 1, N° 1 (Jan. 1996), pp. 7-28, p. 8.

45 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., p. 78.

46 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 29.

47 « We accompanied another vessel of the same kind, and, for mutual convenience, our boats, according to custom, were lashed together side by side, thus also facilitating our progress by obtaining a greater scope of the current ». Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., p. 45.

48 Henry R. Schoolcraft, The American Indians, op. cit., p. 12.

49 L’ouvrage The American Indians a été publié en 1851.

50 Henry R. Schoolcraft, The American Indians, op. cit., p. 12.

51 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., p. 30.

52 Ibid.

53 Ibid.

54 « We once had a decent property, but now we have nothing left; emigration has ruined us! », Ibid.

55 Schoolcraft lui-même mentionne à plusieurs reprises leur inexpérience et les difficultés anticipées ou rencontrées : « As we are unacquainted with the hunter’s art of travelling in the woods, we shall necessarily encounter some difficulties from our want of experience… ». Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 5.

56 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 6.

57 Ibid.

58 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, op. cit., p. 12.

59 Margaret Walsh, « Women's Place on the American Frontier », Journal of American Studies, Aug. 1995, Vol. 29, No 2, pp. 241-255, p. 242.

60 Susan Lee Johnson, « "A Memory Sweet to Soldiers": The Significance of Gender in the History of the "American West" », Western Historical Quarterly, Vol. 24, No 4 (Nov. 1993), pp. 495-517, p. 495.

61 Cynthia Culver Prescott, Gender and Generation on the Far Western Frontier, Tucson, University of Arizona Press, 2007, p. 15.

62 Son ouvrage traite du Colorado à la fin du XIXe et début du XXe siècles mais là encore, ses propos peuvent s’appliquer au cas de l’Arkansas du début du XIXe siècle, qui était alors un front pionnier.

63 Lee Schweninger, The First We Can Remember, Lincoln and London, University of Nebraska Press, 2011, p. xxvii.

64 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 32.

65 « … frankness and blunt hospitality which are characteristic of the hunter ». Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 40.

66 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 49.

67 « The chase renders them ferocious, gloomy, and unsociable; a hunter wants no neighbour, he rather hates them, because he dreads the competition”; If manners are not refined, at least they are rendered simple and inoffensive by tilling the earth; all our wants are supplied by it, our time is divided between labour and rest, and leaves none for the commission of great misdeeds » J. Hector St John Crèvecœur, Letters from an American Farmer, London, Thomas Davies, 1783, p. 63.

68 Henry R. Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 40.

69 Henry R., Schoolcraft, Journal, op. cit., p. 49.

70 Thomas Nuttall, A Journal of Travels into the Arkansas Territory During the Year 1819, op. cit., pp. 127-128.

71 « This barrier will, however, be effectually removed by the progressive accession of population, which, like a resistless tide, still continues to set towards the west », Ibid.

72 Roderick Nash, Wilderness and the American Mind, op. cit., p. 29.

73 « … the veneer civilization laid over the barbaric elements in man seemed much thinner than in the settled regions ». Roderick Nash, Wilderness and the American Mind, op. cit., p. 30

74 Il est d’ailleurs retourné pour raisons familiales dans son pays natal en 1842 et y est resté jusqu’à sa mort en 1859.

75 Frederick Jackson Turner, The Frontier in American History, op. cit., p. 293.

Citer cet article

Référence électronique

Laurence Machet, « « A social mode of conquering the wilderness » : les paradoxes de la sociabilité dans les récits d’exploration de Thomas Nuttall et Henry Rowe Schoolcraft », Motifs [En ligne], 11 | 2025, mis en ligne le 25 décembre 2025, consulté le 30 avril 2026. URL : https://motifs.pergola-publications.fr/index.php?id=1750 ; DOI : https://dx.doi.org/10.56078/motifs.1750

Auteur

Laurence Machet

Laurence Machet est agrégée d’anglais, maîtresse de conférences à l’Université Bordeaux Montaigne et membre de l’Équipe d’Accueil CLIMAS. Après une thèse, un ouvrage et des articles consacrés à Wedgwood et, plus largement, à l’histoire industrielle britannique des XVIIIe et XIVe siècles, elle travaille depuis plusieurs années sur la thématique « Peuples Indigènes et Environnement » et a coédité la revue Elohi pendant huit ans. Elle s’intéresse en ce moment plus particulièrement aux récits de voyage des premiers écologues américains.

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