Après Delfeil de Ton, c’est « l’autre » survivant de l’époque héroïque de Charlie Hebdo qui a accepté de répondre à nos questions sur Cavanna. Peu loquace, le dessinateur nous a toutefois reçu fort aimablement sur l’île de Groix où il réside.
Comment étiez-vous entré dans l’équipe de Hara-Kiri ?
J’ai découvert le journal en arrivant en stop à Paris depuis les Pays-Bas : j’avais remarqué les affiches dessinées par Topor. Il m’a fallu faire plusieurs envois, mais ça ne m’a pas découragé, d’autant que j’avais une chambre de bonne à payer. C’est finalement en 1968 que Cavanna m’a annoncé qu’il me prenait une page.
Quelles relations aviez-vous avec lui ? On dit qu’il était impressionnant…
Nos relations étaient purement professionnelles au début, sinon on n’aurait peut-être pas pu travailler. Elles sont devenues de plus en plus amicales avec le temps. C’est vrai qu’il était grand et qu’il avait l’air autoritaire, mais je n’avais pas peur de lui. Et puis il n’était pas seul maître à bord : le journal n’aurait pas pu exister sans le duo qu’il formait avec Choron.
Delfeil de Ton nous a dit qu’il aimait surtout la partie strictement humoristique de l’œuvre de Cavanna, au détriment du reste…
J’ai aimé Les Ritals, je trouve sa saga autobiographique intéressante, je pense qu’il n’avait pas à regretter de l’avoir fait. Ses romans historiques ne m’intéressent pas beaucoup. Je n’ai pas tout suivi de L’aurore de l’humanité. Quant à Stop-crève, il a été obsédé par ça, mais c’est normal, quand on vieillit, de ne pas avoir envie de mourir. Il aimait tellement sa vie, la vie… Mais j’ai aussi aimé la façon dont il se fâchait contre l’actualité, j’aime bien le côté « coup de gueule ».
Delfeil déplorait aussi qu’on publie sans leurs illustrations ses parodies comme Les aventures de Napoléon…
Je n’ai pas le souvenir de l’avoir lue sans illustrations.
Propos recueillis sur l’île de Groix par Benoît Quinquis en juin 2024.
